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Annick Redolfi

 

"Voir est un acte." A ces mots de Magritte, j'ajoute: regarder est un acte engagé.

 

Le documentaire est pour moi l'acte de poser un regard sur le monde. Un regard singulier et affirmé.

L'engagement est indissociable à mes yeux de la démarche documentaire. C'est la volonté de raconter le monde, sa complexité, de témoigner des maux dont il souffre mais aussi de sa beauté, de rendre sensible sa diversité, de mettre en lumière les femmes et les hommes qui y vivent et le font, leurs cultures et leurs propres regards sur le monde qui les entoure. C'est donner à voir ce qu'on ne voit jamais ou trop peu, poser le regard là où on ne le pose pas assez. Dans la démarche documentaire, la décision de faire un film procède à la fois du hasard et de la nécessité. Hasard de la rencontre avec une personne, une histoire, une humanité. Nécessité d'en témoigner au monde, et parfois urgence.

A cette nécessité s'ajoute le plaisir de la rencontre. Faire un film, c'est aller au devant de l'autre. Robert Kramer explique ainsi son choix du cinéma: "Pour qu'il m'apprenne à toucher inlassablement du regard à quelle distance de moi commence l'autre". Rencontrer l'autre relève d'une forme de quête, celle de soi, de son humanité et de notre universalité.

 

Faire un documentaire signifie aussi entrer dans un processus créatif aussi singulier que le regard qui est posé. Il n'y a selon moi ni "sujet", ni "forme" particuliers qui détermineraient ce qui entre dans le champ du documentaire. L'approche cinématographique est un défi permanent. C'est s'interroger sans cesse sur la façon d'aborder une histoire, sur la forme la plus pertinente pour en rendre compte. C'est aussi une quête de la beauté. On peut approcher une histoire de multiples façons, le documentariste choisit le ton de narration qui lui correspond. C'est ce choix qui détermine sa sensibilité de cinéaste.